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Le blog de l'over réaction
Lorsque le voyageur est entré dans l’auberge
De ce pays perdu dont l’histoire n’a plus cours,
Il jeta son grand manteau noir tout constellé de neige
Et près du poêle de faïence s’assit, triste et lourd.
Il comprenait mal la langue du pays
Et semblait parler de grand châteaux en flammes,
De révolutionnaires, de ses fils, de sa femme
De de torches illuminant la nuit .
Alors il demanda qu’on lui fit préparer
Une chambre simple mais confortable avec un souper
Modeste mais suffisant. Et l’on a vu briller
Dans l’ombre indéchiffrable,
Serré contre son cœur, un médaillon d’argent.
Lorsque le voyageur le matin à l’auberge
Eut rafraîchit son linge et poudré ses cheveux ,
Il consultait longtemps a la lueur d’un cierge,
Un curieux manuscrit enluminé de bleu.
Il écrivit beaucoup, d’une écriture fine
Et lorsque parmi ses boucles,
Il laissait reposer sa bague Alexandrine,
On eut cru qu’ a son front brillait une escarboucle.
Alors il demanda qu’on lui fit monter une fille
Simple mais confortable,
Aux appétits modestes mais suffisants,
Et l’on a vu briller dans l’ombre indéchiffrable,
Serré contre son cœur, un médaillon d’argent.
Lorsque le voyageur le matin à l’auberge
Eut réglé d’une opale en disant : »gardez tout ».
Il demanda soudain qu’on lui fit privilège
De porter 4 plis , en main propre surtout.
A l’archiépiscope, au chef de la police,
Au grand ordonnateur de folies de la cour
Et a certains auteurs de maléfices
Dont le nom seul semait la terreur alentours.
Alors il demanda qu’on lui fît préparer
Une voiture simple mais confortable
Avec un attelage modeste mais suffisant
Et l’on a vu briller dans l’ombre indéchiffrable,
Serré contre son cœur, un médaillon d’argent.
Lorsque le voyageur dans la cour de l’auberge
Eût grimpé dans la berline et tiré les rideaux
Il courut sur la foule en curieux sortilège,
Les paysan d’un coup, tirèrent leur chapeau.
Mais qui était-il donc ce voyageur étrange :
Le Tzar, un prince fou, le grand Mongol déchu
Venu des bords du Gange ou de plus loin encore
De chez le prêtre Jean.Ce n’est que bien longtemps
A la suite qu’on apprit qui était ce voyageur étrange,
Lorsque les petits enfants qu’avaient vu sa fuite,
A leurs petits enfants leur disaient à leur tours
C’était un personnage aux goûts simples mais confortables
Aux appétits modestes mais suffisant
Et qui portait toujours toujours dans l’ombre indéchiffrable
Serré sur son cœur un médaillon d’argent
L'Express du 10/11/2005
En bon polytechnicien, Jean-Bernard Lévy, président du directoire de Vivendi Universal depuis mai dernier, aime bien les choses claires. Si, dit-il, la mission, temporaire, de Jean-René Fourtou était d'assurer la survie du groupe - mission accomplie: oubliés les 37 milliards d'euros de dettes, les 38 milliards de pertes - la sienne est de garantir son développement. Déjà, 2005 se présente bien, même la Bourse commence à y croire: l'action du groupe a progressé de 2,08% après la présentation des résultats du troisième trimestre. Jean-Bernard Lévy explique ici comment il compte s'y prendre, quels sont les atouts des métiers du groupe: musique, téléphone, télévision, jeux vidéo
Aujourd'hui, les téléphones mobiles font de la télé, les i-Pod, de la vidéo et bientôt de la téléphonie… Bref, tout le monde fait tout. La notion de métier a-t-elle encore un sens?
Oui, bien sûr, et, au cœur de chaque métier, il y a la gestion de millions d'abonnés et la maîtrise de tout ce que la mobilité peut leur offrir. Nous devons pour cela combiner l'offre des meilleurs contenus (programmes, films, musique, etc.) avec une grande qualité de service. Car un client se conquiert et se conserve en fonction non seulement des programmes, mais aussi de la qualité des services que nous lui offrons. Par exemple, de la capacité de nos centres d'appels à répondre aux questions les plus pointues.
Quels sont, selon vous, les services qui, dans les dix années à venir, vont tirer le marché?
Il est certain que le haut débit facilite l'accès aux contenus et que, sans doute, tous les services autour de l'image vont se développer. Cela peut être des CD accompagnés d'un clip, de la visiophonie, des blogs vidéo, tout est ouvert. Mais image et son seront certainement au centre. Cela dit, souvenez-vous, il y a des années, on ne parlait que du porte-monnaie électronique et pourtant…
Fiche Technique
Enquête réalisée les 22 et 23 février 2006 pour Bayard / Vivre Plus auprès d'un échantillon national de 1000 personnes, représentatif de l'ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.
| - A quoi croit-on en amour - Vivre en couple aujourd'hui - Jusqu'où va-t-on par amour ? - Ce qui menace le couple |
Les résultats
Question : Pour chacune des choses suivantes, diriez-vous que vous y croyez ou que vous n'y croyez pas ?
| Vous y croyez |
Vous n'y |
Sans opinion |
|
| - A la possibilité d'aimer plusieurs fois dans une vie | 80 | 16 | 4 |
| - Au coup de foudre | 68 | 28 | 4 |
| - A l'amour qui dure toute la vie | 68 | 29 | 3 |
| - A la possibilité d'être heureux sans être amoureux | 56 | 41 | 3 |
| - A la possibilité de retrouver un amour perdu ou un amour de jeunesse | 53 | 41 | 6 |
A quoi croit-on en amour
Question : Pour chacune des choses suivantes, diriez-vous que vous y croyez ou que vous n'y croyez pas ?
| Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans | |
| - A la possibilité d'aimer plusieurs fois dans une vie | 80 | 77 | 85 |
| - Au coup de foudre | 68 | 70 | 70 |
| - A l'amour qui dure toute la vie | 68 | 74 | 62 |
| - A la possibilité d'être heureux sans être amoureux | 56 | 53 | 62 |
| - A la possibilité de retrouver un amour perdu ou un amour de jeunesse | 53 | 51 | 55 |
Question : Diriez-vous que vivre en couple aujourd'hui est plutôt plus facile, plutôt plus difficile ou ni plus facile ni plus difficile que pour les générations précédentes ?
| Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans | |
| - Plus facile | 23 | 27 | 24 |
| - Plus difficile | 47 | 41 | 47 |
| - Ni l'un ni l'autre | 27 | 30 | 27 |
| - Sans opinion | 3 | 2 | 2 |
Pourquoi est-il plus facile de vivre en couple aujourd’hui ?
Question : Aujourd'hui, qu'est-ce qui fait selon vous que vivre en couple est plus facile qu'avant ? (1)
| Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans | |
| - On peut vivre ensemble avant de s'engager | 40 | 39 | 35 |
| - On se parle davantage et plus ouvertement | 32 | 34 | 32 |
| - Il y a moins de tabous, on parle de sa sexualité plus librement | 28 | 29 | 35 |
| - Les rapports entre hommes et femmes sont plus équilibrés qu'avant | 26 | 28 | 27 |
| - On peut se séparer facilement si on ne s'entend plus | 17 | 14 | 14 |
| - On a des moyens de contraception fiables | 16 | 16 | 20 |
| - Autres | 2 | 2 | 2 |
| - Sans opinion | 9 | 8 | 6 |
Pourquoi est-il plus difficile de vivre en couple aujourd’hui ?
Question : Et à l'inverse, qu'est-ce qui fait selon vous que vivre en couple est plus difficile qu'avant ? (1)
| Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans | |
| - On se sépare trop facilement, il est plus facile de divorcer | 49 | 51 | 47 |
| - On n'accorde plus la même valeur à l'engagement | 44 | 44 | 43 |
| - On a plus de tentations qu'avant | 23 | 22 | 28 |
| - On vit sa vie amoureuse de manière plus égoïste | 18 | 17 | 15 |
| - Les rapports entre hommes et femmes ont trop changé | 18 | 16 | 22 |
| - Autres | 2 | 2 | 2 |
| - Sans opinion | 9 | 9 | 8 |
Question : Pour chacune des choses suivantes, lesquelles seriez-vous prêt(e) à faire par amour ?
| Prêt(e) à le faire |
Pas prêt(e) |
Sans opinion |
|
| - Quitter votre travail pour suivre votre conjoint | 64 | 29 | 7 |
| - Pratiquer avec lui des activités que vous n'aimez pas | 59 | 37 | 4 |
| - Changer votre manière de vous habiller | 49 | 47 | 4 |
| - Pardonner une infidélité | 43 | 47 | 10 |
| - Vous soumettre à ses fantasmes sexuels | 39 | 47 | 14 |
| - Accepter de vivre séparément | 35 | 59 | 6 |
| - Renoncer à voir un ami ou une amie | 31 | 64 | 5 |
| - Adopter sa religion | 20 | 75 | 5 |
| - Avoir recours à la chirurgie esthétique | 11 | 85 | 4 |
Jusqu'où va-t-on par amour ?
Question : Pour chacune des choses suivantes, lesquelles seriez-vous prêt(e) à faire par amour ?
| — Base : % des réponses "Vous seriez prêt(e) à le faire" — |
Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans |
| - Quitter votre travail pour suivre votre conjoint | 64 | 67 | 59 |
| - Pratiquer avec lui des activités que vous n'aimez pas | 59 | 60 | 54 |
| - Changer votre manière de vous habiller | 49 | 54 | 53 |
| - Pardonner une infidélité | 43 | 41 | 51 |
| - Vous soumettre à ses fantasmes sexuels | 39 | 42 | 34 |
| - Accepter de vivre séparément | 35 | 31 | 36 |
| - Renoncer à voir un ami ou une amie | 31 | 35 | 27 |
| - Adopter sa religion | 20 | 22 | 16 |
| - Avoir recours à la chirurgie esthétique | 11 | 11 | 13 |
Question : Aujourd'hui, dans votre vie, qu'est-ce qui pourrait mettre en danger votre couple ? (1)
| Ensemble |
Vivent en couple |
Ensemble des 50-59 ans | |
| - L'infidélité | 35 | 42 | 33 |
| - L'habitude | 23 | 27 | 26 |
| - Les disputes | 18 | 21 | 22 |
| - Les difficultés matérielles ou d'argent | 14 | 17 | 20 |
| - La jalousie | 14 | 15 | 9 |
| - Le vieillissement | 6 | 8 | 10 |
| - L'insatisfaction sexuelle | 5 | 6 | 6 |
| - Le travail | 5 | 6 | 2 |
| - La chômage | 4 | 4 | 3 |
| - Avoir des enfants | 2 | 1 | 0 |
| - Rien | 7 | 10 | 6 |
| - Ne vit pas en couple / pas concerné | 18 | - | 14 |
| - Sans opinion | 2 | 3 | 3 |
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Plus d'informations :
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Carine MARCÉ / Guillaume PETIT
Département Stratégies d'Opinion Tél : 33 (0)1 40 92 44 92 / 46 90 Fax : 33 (0)1 40 92 46 60 Politique&Opinion@tns-sofres.com |
Jean-Paul Baquiast (AI) : Vous êtes le créateur du principe de relativité d’échelle (RE). Celui-ci, bien qu’encore mal connu, nous paraît porteur de perspectives considérables. Mais pour en convaincre ceux de nos lecteurs qui ne le connaîtraient pas, il convient de partir de la base, c’est-à-dire le principe de relativité. AI : Vous évoquez là la relativité restreinte, dont c’est effectivement le principal enseignement. Dans la physique actuelle, on décrit l’expérience et les équations la régissant avec des outils, des modes de pensée tout à fait différents d’un cas à l’autre, tout en pensant n’avoir rien à changer au système de coordonnées. AI : Il me semble que cela n’inquiétait personne. On considère généralement que la relativité générale s’applique à des objets massifs, c’est-à-dire au cosmos, et non aux petits objets de la physique quotidienne et moins encore à des entités quantiques. LN : Oui, mais c’est une erreur. Toute la théorie quantique, qui s’applique aux molécules, atomes et particules sub-atomiques, est parfaitement relativiste. Il existe un quiproquo à ce sujet dans le grand public. Il n’y a pas de contradiction entre la physique quantique et la relativité. La physique quantique des champs est parfaitement relativiste. Plus rien ne marcherait en physique quantique si l’on n’utilisait pas la relativité restreinte. Elle a été validée des milliards de fois. Là où la difficulté apparaît, c’est entre la physique quantique et la relativité générale. Ce que l’on ne sait pas faire, c’est une théorie quantique de la gravitation. AI. Je comprends que pour vous, il faut appliquer la relativité à toutes les échelles, mais d’une façon qui tienne compte précisément de l’échelle. AI : En somme, la RE n’est pas là pour concilier quantique et relativité puisque cela, on sait déjà le faire, au niveau de la relativité restreinte. Elle est là pour fonder les lois quantiques sur la relativité, ce qui n’est pas fait aujourd’hui.
Laurent Nottale (LN) : Le principe de relativité est un principe très général qui transcende les théories particulières que l’on peut construire à partir de lui. Cela permet de l’étendre à d’autres grandeurs que celles auxquelles il était appliqué jusqu’à maintenant. Jusqu’à maintenant, il était appliqué à la position, à l’orientation et au mouvement. Les mesures que l’on peut faire dépendent d’un système de coordonnées de références. Mais les grandeurs que l’on veut définir ne peuvent pas l’être dans l’absolu.
LN : Oui, mais passer de la relativité restreinte à la relativité générale consiste simplement à généraliser les variables auxquelles on applique le principe. La RE consiste pour sa part à ajouter une variable caractérisant l’état du système de coordonnées qui est l’échelle de ce système. Jusqu’à aujourd’hui, faire des mesures dans un système de
coordonnées à une échelle de 10 cm et le faire dans un système de coordonnées à l’échelle de 1 angström n’était pas considéré comme un changement de système de coordonnées. Or dans le premier cas, on se trouve dans un système classique et dans le second dans un système quantique.
LN : À la base de ma démarche est l’idée que l’échelle caractérise le système de coordonnées tout autant que les autres variables et que des physiques qui paraissent différentes à des échelles différentes pourraient être des manifestations d’une même physique plus profonde. Celle-ci ne serait pas évidemment celle que l’on connaît aujourd’hui puisque les équations actuelles classiques et quantiques ne coïncident pas. Il en résulte que l’on ne sait pas fonder le quantique sur le principe de relativité.
LN : Exactement. D’où l’idée d’étendre la relativité pour inclure des transformations d’échelle. La relativité des échelles devrait pourtant être considérée comme une évidence. On ne peut pas définir les échelles d’une manière absolue.
Compléter la relativité par la physique quantique
AI : Revenons si vous voulez, sur votre histoire personnelle de chercheur. Comment avez-vous eu l’idée qu’il fallait compléter la relativité pour la rendre applicable à des échelles où on ne l’attendait pas ? C’était une idée de génie, si vous me permettez le terme. LN : Je ne sais si on peut le dire. Je pense que, comme la plupart des physiciens, j’ai été choqué par mon premier contact avec la physique quantique. La mécanique newtonienne donne l’impression de permettre une compréhension profonde des phénomènes. Avec la physique quantique, il faut prendre en considération l’équation de Schrödinger(1), posée en postulat. Or, celle-ci n’est pas expliquée. Toutes les équations auxquelles cet outil satisfait, même si elles sont vérifiées par les expériences, sont des axiomes. AI : C’est bien ce qui avait révolté Einstein… AI : Si je comprends bien, vous ne vous êtes pas arrêté à cette difficulté. LN : C’est vrai. Dès 17-18 ans j’ai voulu réfléchir à la théorie de la relativité et il m’est apparu qu’avec celle-ci, on comprenait tout. Elle comporte un principe premier et à partir de celui-ci, on peut démontrer les équations et commencer à expliquer le monde. La relativité générale d’Einstein permet de comprendre la nature de la gravitation comme manifestation de la courbure. Or la courbure est quelque chose de plus général que le cadre euclidien. C’est un énoncé que je qualifierai d’« énoncé d’abandon d’hypothèses ». Au lieu de supposer que l’espace est uniformément plat, on se place dans un cadre plus général, duquel découle la gravitation. Les phénomènes de la nature apparaissent ainsi comme provenant de la plus grande généralité possible, régis et contraints par des principes premiers dont le premier est le principe de relativité, principe de logique et d’équilibre du monde. AI : On peut résumer ce propos en disant : il y a des lois fondamentales de la nature et si ce sont des lois fondamentales, elles doivent être les mêmes partout. Ceci dit, vous avez eu l’audace de redescendre, si l’on peut dire, de la relativité à la physique quantique, ce qui supposait de franchir un pas considérable. LN. Effectivement, je me suis posé la question de ce qui faisait défaut à la physique quantique et je me suis demandé s’il serait possible un jour de pouvoir déduire le quantique d’un principe de relativité qui serait forcément généralisé. J’ai étudié les auteurs du XXe siècle qui s’étaient attaqués à ce problème. Il y en a eu beaucoup. Mais tous ont échoué. En 1979-1980, j’ai eu l’intuition qu’il leur manquait une nouvelle géométrie. J’ai essayé de la construire, en raisonnant un peu comme Einstein avec la courbure. En gros, il faut réussir à mettre dans la géométrie ce qui est universel dans la physique quantique. Or ce qui m’a paru universel est la dépendance du résultat de la mesure en fonction de l’appareil de mesure, de la résolution de l’appareil. AI : C’est la relation entre l’observé, l’observateur et son appareil, qui dès l’origine de la physique quantique a retenu l’attention des philosophes des sciences – sans d’ailleurs être véritablement acceptée au moins dans les premières années. LN : Exactement. J’ai voulu pour ma part essayer de construire un espace-temps qui AI : Dépendant de l’échelle, c’est-à-dire de l’observateur ? LN : Plus précisément dépendant de la manière dont il observe et de l’instrument utilisé : microscope optique, microscope électronique, microscope à effet de champ, accélérateur de particules, etc. A chaque fois, avec le changement d’outil, la résolution change. On change profondément, non seulement la nature de l’instrument mais celle de ce qu’il sert à mesurer. AI : je reviens sur ma remarque précédente. Vous généralisez l’approche relativiste de la physique quantique selon laquelle il n’y a pas de réel en soi descriptible par des valeurs absolues, mais qu’il n’y a que des relations entre observateur et observé. Vous êtes d’accord avec ce point de vue – et ce à toutes les échelles ? LN : Complètement. Dans le cadre d‘une description relativiste, on peut pousser cela jusqu’au bout. Dans la description quantique actuelle, on trouve encore des particules décrites par une fonction d’onde mais qui sont considérées comme possédant de façon intrinsèque une masse, une charge, etc. En RE, on n’a plus besoin de cela. La masse, le spin, la charge apparaissent comme des propriétés émergentes à partir de la géométrie même des chemins dans l’espace-temps identifiés à ses géodésiques. L’outil fondamental que je veux utiliser, c’est un outil déduit et développé en partant des concepts einsteiniens. Il s’appuie sur l’idée qu’à partir du moment où l’on se place dans AI : Ceci quelle que soit la taille, qu’il s’agisse d’un espace temps très réduit, de type corpusculaire, ou très grand, cosmologique… AI : Il me semble que là se trouve, trop brièvement résumé malheureusement dans cette interview, le point fondamental et extraordinairement innovant de votre approche. Vous mariez si l’on peut dire ces deux piliers jusqu’ici séparés de la physique, l’équation de Schrödinger aboutissant à la description de l’objet par sa fonction d’onde, et le système de coordonnées d’Einstein situant l’objet dans l’espace temps relativiste.
LN : Oui. Einstein a passé toute sa vie à essayer de trouver une fondation à la théorie quantique. Aujourd’hui, beaucoup de physiciens quantiques rejoignent d’une certaine façon le souci d’Einstein. Ils conviennent, après Dirac qu’il faut retravailler les fondations de la physique quantique.. J’ai assisté à un colloque où certains grands physiciens comme t’Hooft ou Neeman insistaient sur ce point.
soit explicitement dépendant de l’échelle. C’est à ce moment que je suis tombé sur les travaux de Mandelbrot sur les fractals. J’ai compris qu’un espace-temps dépendant de l’échelle pouvait vouloir dire un espace-temps fractal, au sens de Mandelbrot(2).
une théorie spatio-temporelle, il n’est pas nécessaire d’ajouter des équations supplémentaires de mouvement. Celles-ci se déduisent du fait que les “particules” vont “suivre” les chemins les plus courts, les géodésiques, dans cet espace-temps.
LN : Exactement. Au niveau cosmologique, on sait ce qu’il en est : effets de courbure, déviation des rayons lumineux, etc. . Mais si on applique le principe à très petite échelle, on se retrouve avec un espace-temps fractal et des géodésiques elles-mêmes fractales. Cette fractalité des géodésiques peut être décrite mathématiquement par ce que l’on appelle une dérivée co-variante qui consiste à mettre dans l’opérateur de dérivation même les différents effets de la fractalité de l’espace-temps sur le mouvement(3). Quand on écrit une équation de géodésique avec cette dérivée covariante, elle se transforme en équation de Schrödinger. On voit apparaître les lois quantiques à partir d’équations de géodésiques dans un espace fractal. Le point essentiel n’est pas que j’ai pu ce faisant démontrer l’équation de Schrödinger, c’est qu’elle se trouve démontrée comme intégrale d’une équation des géodésiques.
Des conséquences considérables en cosmologie
AI : La théorie de la RE ne concerne pas seulement la physique quantique. Elle a des conséquences considérables en cosmologie. Dans ce cas, elle ne pourra pas laisser indifférent le grand public. Ne rend-elle pas inutiles les hypothèses de l’inflation, de l’énergie noire et de la matière noire, que l’on évoque aujourd’hui dans toutes les revues ?
LN : Ce n’est pas exclu. La théorie de l’inflation a été inventée pour expliquer la naissance des toutes petites structures, à l’échelle de ce que l’on appelle la recombinaison. 300.000 ans après le Big Bang, les électrons et les protons se recombinent pour former les atomes. C’est le moment où apparaît une dissociation entre le rayonnement et la matière. La théorie actuelle sur la formation des structures, avec laquelle je suis d’accord, considère que ce sont ces toutes petites fluctuations qui ont cru jusqu’à maintenant pour des raisons gravitationnelles. Mais quelle est l’origine de ces petites fluctuations ? Là personne ne peut répondre. Une des raisons de l’introduction de l’inflation est d’essayer d’amplifier les fluctuations quantiques survenant à une époque beaucoup plus proche du Big Bang pour pouvoir justifier ces fluctuations. Mais le problème n’est pas terminé car quand on prend ces fluctuations telles qu’elles sont observées et quand on veut les faire croître, on n’y arrive pas. Pour y réussir, il faut imaginer une grande quantité de matière noire qui peut être justifiée par d’autres raisons mais qui n’a jamais été observée directement. Ceci étant, il faut se poser la question ? Est-ce vraiment de la matière noire ? A-t-on vraiment besoin de l’inflation pour obtenir ces structures ? AI : Qu’en est-il de l’énergie noire ? LN : Ce que l’on nomme aujourd’hui énergie noire correspond à la constante cosmologique de Einstein. Il y a une erreur à ce sujet dans la littérature destinée au grand public. Einstein n’a pas introduit la constante cosmologique pour obtenir un espace statique, comme on l’écrit partout. Il avait construit la relativité générale pour réaliser certains objectifs qu’il s’était donné, dont la mise en œuvre du principe de Mach(4). Celui-ci est tout simplement le principe de la relativité de la masse, une relativité d’échelle. Il n’y a pas de masse absolue, mais seulement des rapports de masse et ceux-ci sont des rapports d’accélérations. A travers cela, Einstein a eu l’espoir de pouvoir calculer les forces d’inertie, à partir en fait du champ gravitationnel à très grande échelle. Finalement l’inertie émergerait des interactions entre une particule et le reste de l’univers. Or en calculant comment ceci pouvait être mis en oeuvre, il s’est aperçu que ce n’était possible qu’à la condition d’un rapport constant entre la masse de l’univers et le rayon de l’univers (eventuellement une masse et un rayon caractéristiques puisqu’ils peuvent être infinis). Einstein a cherché entre 1915 et 1917 les solutions cosmologiques de ces équations et les a toutes trouvées en expansion ou en contraction. R était variable alors que M était constant. Ce résultat était donc en contradiction avec le principe de Mach. C’est pour le retrouver qu’il a conclu à la nécessité d’un espace statique - et non parce qu’il était attaché à l’idée d’absence de mouvement - et qu’il a rajouté dans ce but le terme de constante cosmologique dans ses équations. Ensuite l’expansion de l’univers a montré que R variait considérablement, ce qui a mené Einstein à retirer cette constante. Mais Einstein avait bel et bien fait une prédiction cosmologique. En 1922, le mathématicien français Cartan(5) a démontré que la forme générale des équations recherchées par Einstein comportait la constante cosmologique. Il n’y avait donc pas de raison de la supprimer. J’ai pu montrer moi-même qu’une fois admise la constante cosmologique, l’univers est bel et bien «machien». Einstein avait résolu le problème sans s’en rendre compte. On a aujourd’hui la preuve qu’il y a une constante cosmologique et qu’elle est très grande, puisqu’elle correspond à 75% du bilan d’énergie de l’univers. C’est une constante géométrique qui est l’inverse du carré d’une longueur. En RE, on considère qu’il n’y a pas besoin d’énergie noire. C’est la constante cosmologique qui en tient lieu et ce qui a été mesuré représente précisément la valeur de la constante cosmologique que j’ai pu estimer théoriquement au début des années 90. AI : Et que dites-vous de l’inflation ? LN : On n’en a pas besoin non plus parce que l’on dispose d’une théorie de l’auto-structuration. A travers l’espace-temps fractal, on peut montrer que les équations de la dynamique prennent une autre forme. Elles ressemblent aux équations de la physique quantique sans qu’il s’agisse pour autant de la physique quantique standard. On obtient une forme d’équation de Schrödinger comme équation de la dynamique intégrée. Or cette équation là est naturellement structurante. Dans un tel cadre de travail, s’il est confirmé, le problème de la formation des structures ne se pose plus. Il est résolu. On voit les structures se former spontanément. AI : Ceci je suppose à toutes les époques et dans toutes les tailles ? LN : Oui. Mais les structures vont se former en fonction des conditions aux limites : conditions de densité moyenne, d’environnement. A une époque donnée, les structures qui se formeront seront différentes des précédentes car les conditions auront changé. Il y aura donc un bouclage entre l’évolution et la formation des structures. AI : Avouez que la RE démolit, ou plutôt rend inutile beaucoup d’hypothèses à la mode aujourd’hui: l’inflation, la matière noire, l’énergie noire. Vous devez vous faire beaucoup d’ennemis… AI : Ceci nous conduit à la morphogenèse des structures physiques et biologiques macroscopiques telles qu’observées sur Terre. Mais je suppose que vous n’avez pas besoin pour décrire ces structures des modèles de Mandelbrot…
LN : En effet. La méthode est différente. Dans la RE, on met la fractalité dans la structure de l’espace-temps lui-même. Cette fractalité implique un changement des équations. Ensuite, on va chercher les solutions de ces équations. Les solutions de ces équations, elles, ne sont pas fractales. Elles peuvent l’être dans certains cas, mais dans d’autres on obtient des solutions régulières, cristallines par exemple. AI : La RE ne propose donc pas une loi fondamentale selon laquelle l’univers serait fractal… LN : Non. La fractalité de l’espace-temps, si l’on veut conserver ce terme, sera un peu comme un bain thermique, une espèce d’agitation sous-jacente qui va structurer les contenus. AI : En déduisez-vous cependant que l’on peut observer dans l’univers l’existence de structures qui seraient identiques à des échelles différentes, selon l’image traditionnelle proposée par les modèles fractals ? LN : C’est vrai, mais cela tient à un autre facteur, l’invariance d’échelle de la gravitation. Que vous preniez les lois newtoniennes, einsteiniennes ou les nouvelles formes de lois du type équation de Schrödinger macroscopique, cette invariance d’échelle reste vérifiée. Ces nouvelles lois ne reposent pas sur la constante de Planck comme les atomes ou les molécules, mais sur une autre forme de constante qui est elle-même en accord avec le principe d’équivalence. Cela impose une forme différente aux équations et à leurs solutions et préserve cette extraordinaire invariance d’échelle de la gravitation qui avait été notée par Laplace. Si bien qu’à travers des théories comme celles-là on pourra comprendre la formation de structures semblables dans l’espace des vitesses mais qui se traduiront dans l’espace des positions par une hiérarchie de formations, systèmes planétaires, galaxies, amas, superamas, etc. On a toute une hiérarchie d’organisations dont chacune des échelles est régie par les mêmes équations mais appliquées dans des situations différentes. Cela ne donne donc pas de similarités strictes. Un système planétaire n’est pas à l’échelle près semblable à une galaxie. Mais il y a des points communs. AI : Ce que chacun peut constater en observant le ciel.
LN : Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que beaucoup de chercheurs semblent réticents à utiliser un outil de type quantique dans des domaines considérés comme ordinairement classiques (alors qu’il ne s’agit pas, dans les applications macroscopiques, de la mécanique quantique standard, mais d’une forme générique du type Schrodinger prise par les équations du mouvement dans des conditions nouvelles). Il y a également un problème de spécialisation disciplinaire qui rend difficile la diffusion de nouveaux concepts de nature transdisciplinaires.
La généralisation de l’équation de Schrödinger
AI : La RE donne ainsi un rôle fondamental, je dirais universel, à l’équation de Schrödinger…
LN : Précisons bien. Je ne rajoute pas une équation de Schrödinger aux équations précédentes. C’est bel et bien l’équation fondamentale de la dynamique newtonienne qui, dans un cadre fractal, prend la forme qui est celle de l’équation de Schrödinger, après avoir été intégrée. L’équation de Schrödinger propose alors des solutions stationnaires auxquelles il devient possible de comparer la matière observée. J’ai pu procéder ainsi concernant notre système planétaire, au début des années 90. Et là, étonnement, je pouvais récupérer les positions de toutes les planètes du système solaire et prévoir des positions nouvelles ne correspondant à aucun objet alors identifié. Ceci pour des objets internes à l’orbite de Mercure (voyez le schéma ci-dessous, où l’on a porté les positions des planètes du système solaire interne et des premières exoplanètes découvertes en 1995, comparées aux prédictions de la théorie) ou pour des objets situés au-delà de Pluton.
Il se trouve que depuis, on a trouvé des exo-planètes autour d’autres étoiles (on en connaît aujourd’hui plus de 200) et des objets situés dans la ceinture de Kuiper au-delà de Pluton. Les pics de probabilités observés pour ces exo-planètes et petites planètes ont validé les prévisions théoriques de la RE. AI : Il s’agit donc là d’une vérification expérimentale de première grandeur, comme le montre d’ailleurs le graphique que vous présentez. Vous pourriez, je suppose, faire la même chose pour une galaxie comme Andromède ? AI : Si vous vous posez la question : « Voici une étoile, et il y a une planète autour. Où se trouve cette planète ? » que répond la RE par rapport à la théorie classique ? LN : La théorie classique ne peut rien répondre. Elle fonctionne sur des conditions initiales. Or là, on ne les connaît pas. La RE, par contre, même si elle ne sait rien sur ces conditions initiales, peut prédire quelque chose. Elle peut déduire les structures les plus probables, non pas en fonction des conditions initiales, mais en fonction des conditions d’environnement. Donc elle peut faire des énoncés là où la théorie ordinaire n’en fait pas. En contrepartie, comme cette théorie est purement probabiliste et statistique, elle ne permettra pas de prédictions déterministes. AI : Je croirais en vous écoutant entendre un physicien quantique. Vous obtenez ainsi une espèce de fonction d’onde de la planète, qui permettra de la localiser avec la même probabilité de réussite que la fonction d’onde d’un micro-état permet de localiser celui-ci. Il s’agit d’un résultat assez extraordinaire…
Répétons ce qui précède, en insistant, pour nos lecteurs. Grâce à la RE, vous avez pu localiser en théorie un certain nombre d’exo-planètes que l’observation, depuis 1995, a pu identifier. J’avoue que je n’avais jamais entendu parler de cette façon de procéder, en dépit de tout ce qui est dit à propos de la recherche des exo-planètes. LN : Vous trouverez sur mon site les références des publications qui ont été faites à ce sujet depuis 1996 (en ce qui concerne les validations observationelles), ainsi que des articles sur la prédiction théorique dont certains datent d’avant 1995 (la date de première découverte des exoplanètes). Un article de vulgarisation récent a été publié sur le sujet: Nottale, L., 2003, Pour La Science, 309, 38-45 (Juillet 2003) “La relativité d’échelle à l’épreuve des faits”. LN : Absolument. En RE, si on veut obtenir une description à très grande échelle, on arrive à la conclusion qu’il doit exister une échelle maximale, non pas en tant que barrière physique mais en tant qu’horizon. Il s’agit aux grandes échelles de l’équivalent de l’échelle de Planck aux petites échelles. Les lois de la relativité d’échelle restreinte montrent que d’une façon générale les lois de la relativité prennent la forme de la transformation de Lorentz. Cet horizon est indépendant du modèle d’univers adopté, fermé ou ouvert. Dans ce cadre, du fait de son existence, la dimension fractale effective de l’espace, et donc de la distribution des galaxies dans l’espace, croit avec l’échelle On trouve qu’elle atteint la valeur D=3 pour une échelle de l’ordre de 750 Mpc, qui représenterait alors une échelle de transition à l’uniformité.
LN : Un étudiant qui a travaillé sous ma direction, Daniel da Rocha, a fait sa thèse exactement sur ce sujet. Il a pu étudier avec les méthodes de la RE le groupe local de galaxies, comprenant la nôtre, Andromède et leurs satellites. Il a pu montrer que toutes les observations en position et en vitesse satisfaisaient aux équations de Schrödinger.
AI : En élargissant le regard, à l’horizon des 800 MParsecs, vous admettez si j’ai bien compris que l’univers se présente de façon homogène…
Pour conclure
AI : Je suis séduit par l’originalité et la fécondité de votre approche. Force est cependant de constater qu’elle est encore peu reçue, aussi bien chez les physiciens quantiques que chez les cosmologistes. A quoi attribuer cela ? LN : Il est aujourd’hui encore très difficile de diffuser des idées nouvelles. Malgré beaucoup d’efforts (j’ai du donner dans les années 80-90 plus de trois cents conférences et séminaires sur le sujet), j’ai eu peu d’échos. Les idées diffusent sans doute (y compris par exemple en biologie) mais de façon très limitée. C’est un peu le propre des hypothèses sur les fondements. Quand elles apparaissent, par définition, elles n’intéressent qu’un très petit nombre de personnes. On peut espérer pourtant qu’à partir d’un certain seuil, elles pourront diffuser plus rapidement.
AI : J’espère que notre revue pourra vous aider à mieux faire comprendre l’ambition de votre théorie et l’importance qu’elle devrait prendre dans la représentation du monde.
LN : Je n’avais pas, au début, l’ambition que la théorie puisse s’appliquer à tous ces domaines. Je voulais seulement essayer de comprendre ce qu’était la physique quantique et tenter de la fonder sur des principes premiers. Mais peu à peu, en avançant, en fabriquant des fonctions d’onde, en découvrant que l’équation de Schrödinger était plus générale qu’il n’était dit et pouvait s’appliquer au domaine macroscopique, les ambitions se sont précisées. C’est alors, comme je vous le disais, que j’ai pu prévoir, avant la découverte des exo-planètes qu’il y avait des pics de probabilités dans lesquels ultérieurement on a découvert les exo-planètes attendues. AI : Je ne dis pas cela pour vous faire plaisir, mais je trouve que vous mériteriez le Prix Nobel… LN : Ce n’est pas à l’ordre du jour en ce moment, je dois dire. AI : Il faut quand même admettre le saut épistémologique que vous offrez. Votre théorie. permet de comprendre le pourquoi des phénomènes observés au lieu de se limiter à de simples descriptions.
LN : C’est vrai. Mais c’est la propriété spécifique du principe de relativité. Il est seul à proposer une réponse au pourquoi, alors que les autres tentatives de la physique fonctionnent à partir d’hypothèses. D’où la conclusion que le public retient, selon laquelle la science ne peut jamais répondre au pourquoi, mais seulement au comment.
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Collection : Ingénierie représentationelle et constructions de sens |
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Introduction
Due à la physicienne et philosophe des sciences Mioara Mugur-Schächter, la Méthode de Conceptualisation Relativisée (dite MCR) a été élaborée progressivement à partir de 1982 . Ce travail constitue selon nous une révolution dans la façon de se représenter les processus d'acquisition de la connaissance et par conséquent, la "réalité" ou le "monde" objet de cette connaissance. La question de la consistance du réel s'impose dans pratiquement tous les domaines des sciences macroscopiques: mathématiques, biologie, science des organisations, théorie de la communication, robotique et vie artificielle. Elle est évidemment aussi à l'ordre du jour dans la philosophie des connaissances ou épistémologie. Elle se situe d'une façon claire dans le débat entre le réalisme et le constructivisme. Enfin, elle intéressera très concrètement les regards que la politique de demain voudra poser sur le monde.
Aujourd'hui, il faut admettre que la réalité, tout au moins les modèles et produits de toutes sortes résultant de l'activité humaine, sont "construits" par cette dernière, d'une façon jamais terminée mêlant inextricablement le constructeur et son œuvre. C'est la physique quantique qui a imposé ce nouveau regard, mais celui-ci, nous dit Mioara Mugur-Schächter, devrait s'étendre désormais à l'ensemble des connaissances, qu'elles soient scientifiques ou qu'elles soient véhiculées par les langages empiriques assurant la communication inter-humaine. Dès les débuts de la physique quantique dans les années 1930 du XXe siècle, les physiciens quantiques avaient annoncé que les manifestations observables des micro-entités qu'ils étudiaient étaient "construites" au cours du processus d'investigation. Mais il aura fallu de nombreuses décennies pour que l'on puisse clairement distinguer entre les méthodologies d'étude de la physique quantique et celles des sciences du macroscopique, c'est-à-dire de toutes les autres sciences. Il faudra encore beaucoup de temps pour que, grâce à des ouvrages comme celui-ci, les premières puissent enrichir les secondes et les débarrasser de leurs adhérences métaphysiques.
Comme l'indique Mioara Mugur Schächter, ce délai a tenu en partie (et tient encore) au caractère apparemment ésotérique du formalisme quantique ainsi qu'au peu d'intérêt des physiciens vis-à-vis des questions épistémologiques et philosophiques. Peu leur importait, sauf exceptions, d'étudier le type de méthodologie qu'ils utilisaient au regard de la philosophie des connaissances. Ils avaient également renoncé, faute de réponses évidentes, à définir ce qu'il y avait ou non derrière les observables, pourvu que les prévisions faites sur les phénomènes se révèlent justes. Ce souci de pragmatisme est encore dominant. Ainsi demain, les ingénieurs pourront réaliser un ordinateur quantique sans se poser la question de la consistance métaphysique de l'intrication et de la décohérence, pourvu qu'ils puissent tirer parti de ces deux phénomènes avec un taux d'erreur acceptable dans des technologies applicatives.
Pourtant, les succès dorénavant éclatants de la physique quantique, qui en font véritablement la science des sciences, impose de sortir de cette indifférence quant à ses méthodes. La méthode MCR vient véritablement à temps, comme le dit Mioara Mugur Schächter, pour sortir l'entendement commun de ses impasses et des pièges où il s'enlise dorénavant. MCR propose ce qui aurait déjà du être entrepris depuis longtemps par les scientifiques et les épistémologistes s'ils avaient davantage réfléchi à ces impasses et à ces pièges, au lieu d'en prendre parti soit par paresse intellectuelle soit par aveuglement. Elle met chacun d'entre nous à même d'apprécier, sans être physicien, les implications de la physique quantique sur les méthodes d'acquisition de la connaissance : généraliser à l'ensemble des sciences les processus de représentation (ou plutôt de “ construction du réel ”) utilisés par la physique quantique et y ayant fait leurs preuves.
Mais la révolution conceptuelle est cependant si forte, le déboulonnage des anciennes idoles du réalisme positiviste si radical et si exigeant, que beaucoup de gens continueront à "faire de la science" et "faire parler la science" sans avoir encore la moindre idée de l'effort qu'ils devraient faire pour commencer à être crédible dans l'effort de construction des connaissances scientifiques auquel cependant ils s'imaginent participer.
Nous avons dans cette revue, dès que nous avions pris connaissance des travaux de Mioara Mugur Schächter, signalé leur importance à nos lecteurs(1). Mais le handicap de MCR était jusqu'à présent le fait, outre la complexité intrinsèque de la présentation, qu'elle avait été publiée en anglais et qu'il n'existait pas de traduction française(2). Beaucoup des correspondants de Mioara Mugur Schächter la pressait d'en rédiger une version française, malgré l'important travail que représentait la nécessaire refonte des premiers textes et le fait que l'auteure dans l'intervalle n'avait pas cessé de travailler en développant de nouvelles applications de sa théorie. Le travail a cependant été fait. Du fait des compléments apportés et des nouvelles perspectives ouvertes, il s'agit d'une véritable oeuvre originale. C'est cette oeuvre, "Sur le tissage des connaissances", que nous souhaitons vous présenter dans cet article.
Nous pensons qu'il s'agit d'un événement majeur de la pensée scientifique et philosophique comme d'ailleurs de la pensée empirique quotidienne. Mais combien de gens passeront encore à côté de ce travail? Il heurte trop d'habitudes et même trop d'intérêts égoïstes, professionnels et politiques, pour bénéficier de l'accueil médiatique qu'il mériterait.
«Sur le tissage des connaissances» est malheureusement un livre difficile. On peut craindre qu'une lecture superficielle en décourage plus d'un. La difficulté tient d'abord au caractère révolutionnaire de l'approche méthodologique. Mais sur ce plan l'auteure procède pas à pas et de façon claire et constructive, pour celui qui veut bien entrer dans le livre. La principale difficulté tient à la notation et au caractère abstrait du texte, trop dépourvu d'exemples simples. La notation exclut les équations et autres démonstrations mathématiques, mais elle utilise abondamment la symbolique mathématique et logique, dans l'espoir de gagner du temps et de la clarté dans la formulation. Cette notation serait indispensable si l'on voulait «informatiser» la méthode, mais dans la lecture courante, pour peu que les enchaînements se complexifient, le lecteur voit son attention faiblir. C'est dommage(3).
Ici, il n'est pas question de résumer, même sommairement, un ouvrage considérable. Il faut absolument que ceux qui s'intéressent à la science fassent l'effort de l'acquérir, le comprendre et, si besoin était, le mettre en œuvre dans leurs propres recherches. Nous allons pour notre part présenter rapidement le contenu des principaux chapitres du livre et amorcer quelques commentaires, déjà abordés dans les précédents articles consacrés par notre revue à MCR.
Contenu
Le tissage des connaissances comprend deux parties, la première consacrée à la présentation de la méthode et la seconde à quelques uns des applications majeures pouvant en être faites. C'est évidemment par la première partie qu'il faut commencer la lecture, puisque on y trouve énoncé en détail tout ce qu'il faut savoir de MCR. Les applications présentées dans la seconde partie sont intéressantes et révélatrices. Examiner celles proposées par l'auteure éclairera beaucoup son propos, mais les chapitres qui y sont consacrés sont particulièrement ardus. Nous nous bornerons pour notre part à évoquer leur contenu en quelques phrases.
Première partie du livre. Présentation de MCR
Le chapitre 1 est à lire absolument. Il est d'un accès facile. L'auteure rappelle les sources du nouveau regard sur le monde proposé par la physique quantique. C'est sur cette base et pour la rendre applicable à l'ensemble des connaissances, qu'elle a voulu construire MCR de façon systématique. Mioara Mugur-Schächter était particulièrement légitime à faire ce travail, ayant conduit elle-même des recherches brillantes en physique et ayant travaillé, jeune, avec les plus grands scientifiques de la génération précédente.
Le nouveau regard apporté par la physique quantique, tout le monde le sait désormais, a signé, tout en moins dans cette discipline, la mort du « réalisme des essences », selon lequel il existerait une réalité indépendante de l'observateur, composée d'« objets » que l'observateur pouvait décrire « objectivement », en s'en approchant de plus en plus grâce à des instruments de plus en plus perfectionnés. Les physiciens de la grande époque de l'Ecole de Copenhague s'étaient aperçus qu'ils ne pouvaient absolument pas rendre compte de ce que montraient leurs instruments s'ils continuaient à faire appel au réalisme. Mais s'ils ont jeté les bases d'une nouvelle méthode, ils n'en ont pas tiré toutes les applications épistémologiques. Beaucoup de leurs successeurs ne l'ont d'ailleurs pas encore fait(4). Mioara Mugur-Schächter fut véritablement la première à proposer de généraliser cette méthode à l'ensemble des sciences. Son mérite est au moins aussi grand que celui de ses prédécesseurs.
Nous pouvons observer à ce stade, même si l'auteure n'aborde pas explicitement ce point, que c'est en premier lieu le perfectionnement des instruments d'observations appliqués aux phénomènes de l'électromagnétisme et de la radioactivité qui a obligé les physiciens utilisateurs de ces instruments à regarder autrement des phénomènes qu'ils ne s'expliquaient pas dans le cadre des anciens paradigmes, les contraignant par exemple à ne pas choisir entre le caractère ondulatoire et le caractère corpusculaire de la lumière. Or ces instruments étaient apparus, sur le «marché des instruments de laboratoires», si l'on peut dire, non pas du fait de géniaux inventeurs convaincus qu'ils abordaient de nouveaux rivages de la connaissance, mais du fait de modestes techniciens. Ceci correspond à l'intuition selon laquelle les super-organismes technologiques se développent selon des modes de vie propres, proche de la mémétique, et que c'est leur évolution quasi biologique qui entraîne celle des conceptualisations et connaissances organisées en grands systèmes dans les sociétés humaines.
Mais comme le rappelle Mioara Mugur-Shächter, l'évolution technologique n'aurait pas suffi à provoquer seule la révolution conceptuelle. Il a fallu aussi que des mutations dans les modes de représentation du monde hébergées par les cerveaux de quelques précurseurs de grand talent les obligent à voir les incohérences, plutôt que continuer à buter contre elles pendant encore des décennies. Nous estimons pour notre part, la modestie de l'auteure dut-elle en souffrir, que celle-ci a fait preuve d'un génie précurseur aussi grand, en sachant passer d'une pratique mal formulée et mal systématisée, inutilisable ailleurs qu'en physique, à une méthodologie rigoureuse applicable par toutes les sciences.
Les sources de la stratégie de conceptualisation proposée par MCR, présentée dans le chapitre 1, sont abondamment développées dans le chapitre 2, qui constitue l'exposé détaillé de la méthode. L'auteure procède de façon pédagogique, en faisant suivre l'énoncé des bases ou postulats de la méthode de commentaires permettant de lever les obscurités et ambiguïtés. Ce chapitre, cependant, est beaucoup plus difficile que le précédent. Nous conseillons néanmoins à nos lecteurs de l'étudier en détail, crayon à la main si nécessaire. Rappelons que dans les articles cités en note, nous avons essayé de fournir deux exemples imagés d'application de la méthode, qui rendront, espérons-le, la compréhension du chapitre plus aisée.
Evoquons ici en quelques lignes les grandes étapes indispensables à la construction des connaissances selon MCR. Il s'agit en fait d'une méthodologie pour la production des descriptions, car il n'y a de science que de descriptions, les «phénomènes en soi» étant réputés non-existants.
- Le Fonctionnement-conscience. On postule au départ l'existence d'un observateur humain, doté d'un cerveau lui-même capable de faits de conscience. Ce cerveau est tel qu'il peut afficher des buts au service desquels mettre une stratégie. Mioara Mugur-Shächter considère que l'organisme vivant, ceci à plus forte raison s'il est doté de conscience, est capable de téléonomie(5). Nous pensons pour notre part que le concept de Fonctionnement-conscience peut être étendu au fonctionnement de tous les êtres vivants, et peut-être même à celui de précurseurs matériels de la vie biologique, aux prises avec la Réalité telle que définie ci-dessous. Nous y reviendrons dans nos commentaires. Les concepteurs de robots véritablement autonomes espèrent que ces robots pourront procéder de même afin de se doter de représentations ayant du sens pour eux.
- La Réalité. On postule qu'il existe quelque chose au-delà des constructions par lesquelles nous nous représentons le monde, mais (pour éviter les pièges du réalisme), qu'il est impossible – et sera à jamais impossible - de décrire objectivement cette réalité. Peut-être pourrait-on (la suggestion est de nous) assimiler cette réalité à ce que la physique contemporaine appelle le Vide quantique ou l'énergie de point-zéro, à condition d'admettre que ce Vide est et demeurera indescriptible, d'autant plus qu'il ne s'inscrit ni dans le temps ni dans l'espace propres à notre univers. Seules pourront en être connues les fluctuations quantiques en émanant, si elles donnent naissance à des particules qui se matérialiseraient par décohérence au contact avec notre matière.
- Le Générateur d'Entité-objet et l'Entité-objet ainsi générée. Il s'agit d'un mécanisme permettant au Fonctionnement conscience, dans le cadre de ses stratégies téléonomiques, de créer quelque chose (un observable) à partir de quoi il pourra procéder à des mesures. Il n'y aurait pas de science sans ce mécanisme. Nous procédons de cette façon en permanence dans la vie courante, comme nous l'avons montré à propos des entités objets psychiques (Ma fiancée m'aime-t-elle ?). Nous construisons des « objets » d'étude, qui n'existaient pas avant notre intervention.
- Les Qualificateurs. Il s'agit des différents points de vue par lesquels nous décrivons d'une façon utilisable par nous les Entités-objets que nous avons créée. Ces Qualificateurs sont les moyens d'observation et de mesure, biologiques ou instrumentaux, dont nous disposons. Il n'y a qu'une qualification par mesure et celle-ci n'est pas répétable car généralement l'Entité-objet a changé. Mais la multiplication des qualifications donne ce que MCR appelle des Vues-aspects proposant des grilles de qualifications effectives et intersubjectives. L'opération peut conduire à la constatation de l'inexistence relative de l'Entité-objet créée aux fins d'observation (inexistence relative car il serait contraire à MCR de parler de faux absolu). Ceci montre que l'on ne peut pas inventer n'importe quelle Entité-objet et construire des connaissances solides à son propos. Il faut qu'elle corresponde à quelque chose dans la Réalité telle que définie plus haut et qu'elle puisse être mise en relation avec les grilles de qualification déjà produites. Ainsi les connaissances construites s'ajoutent-elles les unes aux autres.
- Le Principe-cadre. Il s'agit du cadre d'espace-temps dans lequel on décide d'observer l'Entité-objet afin de la situer.
Tout ceci permet d'obtenir un canon général de description, utilisable dans n'importe quel domaine. Il repose sur le postulat de la non-possibilité de confronter la description avec un réel en soi ou réel métaphysique quelconque. Il débouche par contre sur une « description relativisée », individuelle ou probabiliste, à vocation inter-subjective, c'est-à-dire partageable par d'autres Fonctionnements-consciences, à travers ce que MCR appelle des Descriptions relativisées de base Transférées. La somme de celles-ci devrait, correspondre à la somme des connaissances scientifiques relativisées que grâce à MCR nous pouvons obtenir sur le monde.
Deuxième partie du livre. Quelques illustrations majeures de MCR
Les chapitres constituant cette deuxième partie présentent le plus grand intérêt pour les lecteurs connaissant déjà MCR. Ils illustrent en effet des recherches menées sans désemparer par Mioara Mugur-Shächter dans ces dernières années, et jamais présentées à ce jour de façon synthétique. Ils apportent la preuve de l'intérêt de la révolution épistémologique qui découle de la généralisation de MCR à d'autres domaines de la représentation des connaissances. On y voit en effet remis en cause, d'une façon qui sera certainement fructueuse, l'essentiel de ce que l'on considérait jusqu'ici comme les bases de la conceptualisation dans les disciplines évoquées. Il ne devrait plus jamais être possible, dans ces disciplines, de continuer à raisonner selon les précédentes méthodes, sauf à le faire intentionnellement dans le cadre de recherches limitées. Malheureusement, ces chapitres sont véritablement difficiles. Nous les estimons hors de portée des non-spécialistes. Il est dommage que l'auteure n'ait pas essayé de les résumer sous une forme plus accessible, quitte à réserver l'exposé complet aux professionnels.
Nous n'avons ici ni le temps ni la compétence pour résumer l'argumentaire de chacun de ces chapitres, consacrés respectivement à la logique, aux probabilités, au concept de transmission des messages chez Shannon, à la complexité et finalement au temps, vu sous l'angle des changements identité-différence qui peuvent s'y produire.
Bornons nous à dire que, dans chacun de ces cas, on retrouve le postulat de MCR selon lequel on ne peut pas imaginer et moins encore rechercher une prétendue réalité ontologique ou en soi de phénomènes qui sont en fait des constructions du Fonctionnement-conscience et du Générateur d'Entité-objet tels que définis dans la première partie du livre. Prenons l'exemple de la logique. Si celle-ci était considérée comme un instrument du même type que les mathématiques (dont la plupart des mathématiciens n'affirment pas qu'elles existent en soi), on pourrait lui trouver quelque utilité, mais seulement pour donner de la rigueur aux raisonnements abstraits. Elle ne servirait pas à donner de meilleures descriptions du monde. Or la logique prétend au contraire décrire des classes d'objets, auxquelles elle applique des prédicats. Mais ces objets et ces prédicats sont présentés comme existant dans la réalité ou traduisant des relations réelles entre éléments de la réalité. La logique ne se pose donc pas la question du processus de construction par lequel on les obtient. Elle suspend dont quasiment dans le vide l'ensemble de ses raisonnements. Faire appel à ceux-ci risque alors d'être inutile, voire dangereux, en égarant l'entendement dans des cercles vicieux (comme le montre le paradoxe du menteur). La logique ne retrouvera de bases saines qu'en utilisant MCR pour spécifier les objets de ses discours.
Il en est de même du concept de probabilités tel que défini notamment par le mathématicien Kolmogorov. L'espace de probabilité proposé par ce dernier ne devrait pas être utilisé dans les sciences, sauf à très petite échelle. Il ne peut que conduire à des impasses. Si l'on pose en principe qu'il existe des objets en soi difficilement descriptible par les sciences exactes, dont la connaissance impose des approches probabilistes, le calcul des probabilités est un outil indispensable. Ainsi on dira que la probabilité de survenue d'un cyclone dans certaines conditions de température et de pression est de tant. Mais si, pour analyser plus en profondeur les phénomènes de la thermodynamique atmosphérique et océanique, on admettait que le cyclone n'existe pas dans la réalité, pas plus que l'électron ou le photon, mais qu'il est la construction ad hoc unique d'un processus d'élaboration de qualification selon MCR, le concept de probabilité changera du tout au tout. On retrouverait, à une échelle différente, l'indétermination caractéristique de la physique quantique et la nécessité de faire appel à des vecteurs d'état et à la mathématique des grands nombres pour représenter concrètement de tels phénomènes.
La mesure de la complexité oblige aux mêmes restrictions. Pour la science « classique » de la complexité, il existe des entités réelles (en soi) dont les instruments classiques de mesure ne peuvent pas donner, du fait de leur imperfection, de descriptions détaillées et déterministes. D'où une impression de complexité. Il faut donc tenter de mesurer les systèmes ainsi prétendus complexes par des méthodes détournées. Mais si l'on admettait que l'objet, complexe ou pas, est une création du Fonctionnement-conscience et relève dont de MCR dans la totalité de son étude, les choses se simplifieraient. On cesserait en fait de parler de complexité. On se bornerait à dire que l'on a créé une Entité-objet accessible aux opérations de qualifications, qui n'aurait pas d'intérêt en soi, mais seulement comme élément d'un processus plus général de construction de connaissances.
Mioara Mugur-Shächter ne le dit pas, mais le même raisonnement pourrait selon nous s'appliquer au concept de système. La science des systèmes s'évertue à identifier ceux-ci dans la nature et se noie évidemment dans le nombre immense des candidats-systèmes qu'elle peut identifier. Mieux vaudrait admettre d'emblée que le système en général, tel système en particulier, n'existent pas en soi, mais doivent être spécifiés en tant qu'Entités-objets créées par un Générateur ad hoc.
Le même type de raisonnement s'appliquera à la théorie de Shannon et au concept de temps, tels que présentés dans l'ouvrage.
Commentaires
Plusieurs questions se posent, une fois le livre refermé. En voici quelques unes, rapidement évoquées :
Prolongements médiatiques?
Si l'on considère, comme nous le faisons, qu'il s'agit d'une œuvre maîtresse, le premier souci qui devrait incomber, non seulement à l'auteure mais à ses disciples et lecteurs, serait de lui donner des prolongements. Mais pour cela, il faudrait que MCR soit mieux connue, discutée, amplifiée, enrichie dans les nombreuses directions, tant épistémologiques qu'applicatives, ouvertes par Mioara Mugur-Shächter. Est-ce le cas ? Sans doute pas pour le moment, hormis un cercle très étroit.
S'agit-il d'une question de communication ? L'auteure fait-elle appel comme il le faudrait aux nouveaux médias. A priori, la réponse est négative. Google donne environ 240 références sur son nom, ce qui est infime. Son site personnel, http://www.mugur-schachter.net/ n'a reçu que 230 visiteurs depuis sa création en février 2006. Les seules références critiques en français sont nos précédents articles. C'est très honorable pour nous mais ce n'est pas à la hauteur de l'oeuvre. Il faudrait donc que Mioara Mugur-Shächter fasse un effort considérable de meilleure diffusion par Internet. Celle-ci est aujourd'hui la clef du succès dans le monde scientifique et surtout dans le grand public Notre expérience nous montre que les journalistes scientifiques, notamment, ne vont pas directement aux sources mais s'appuient sur les références qu'ils trouvent en ligne.
Mais alors se pose à nouveau la question de la forme déjà signalée. Il faut absolument que MMS soit déclinée dans des versions diversifiées, attrayantes, éventuellement pour certaines d'entre elles dramatisées ou illustrées. Ceci suppose un effort considérable, qui n'est sans doute pas à la portée d'une personne seule, mais qu'il faudrait faire.
Prolongements scientifiques et méthodologiques?
MCR restera un exposé théorique dense et peu utilisable par les scientifiques, ingénieurs et autres concepteurs de systèmes cognitifs si la méthode n'est pas transformée en une sorte de langage de programmation (ou tout au moins pour commencer en un langage d'analyse fonctionnelle) qui puisse être utilisé de façon indifférenciée. La difficulté à vaincre est en effet la résistance des chercheurs et concepteurs. Même s'ils estimaient que les postulats réalistes qui sous-tendent leurs travaux ne résistent pas à la critique, ils ne feraient pas l'effort de changer de méthodologie si le coût d'investissement dépassait les bénéfices attendus d'une nouvelle méthode. En effet, le réalisme n'entache pas d'erreurs pratiques (en dehors pour le moment de la physique quantique) les résultats obtenus dans la plupart des applications. Certes, le postulat réaliste bloque les développements ultérieurs dans la plupart des cas. Mais les concepteurs ne se soucient pas en général du futur, mais de la rentabilité à court terme.
Il nous semble qu'un travail d'aide à la programmation analogue à celui réalisé par Stephen Wolfram avec son logiciel Mathematica serait réalisable et trouverait des clients. Les premiers utilisateurs, comme l'indique d'ailleurs Mioara Mugur-Shächter, devraient être les concepteurs de robots autonomes, désireux de doter ceux-ci d'une capacité interne (non programmée de l'extérieur) pour se doter de représentations de leur environnement ayant du sens pour eux.
Prolongements épistémologiques ?
Nous estimons, à tort ou à raison, que MCR si brillamment conçue par Mioara Mugur-Shächter comme une méthode canonique de description susceptible de s'appliquer non seulement aux sciences mais à l'ensemble des langages descriptifs, est bien plus que cela. Il s'agirait de la formalisation spontanée, réalisée pour la première fois, sinon dans l'histoire de l'univers, du moins dans l'histoire de la Terre, d'un processus de construction de toutes les formes organisées existant dans le monde. Si en effet nous considérons que l'univers s'est construit à partir du Vide Quantique par matérialisation aléatoire réussie de particules quantiques nées des fluctuations dudit Vide, il faut bien qu'un processus très puissant ait poussé à la complexification des composants élémentaires de matière et à l'apparition, par émergence, des complexités biologiques et mentales que nous connaissons. Cette idée rejoint, nous semble-t-il, celles présentées par les physiciens selon lesquelles l'univers serait un calculateur – et qui plus est, selon Seth Lloyd qui vient de donner à cette hypothèse une forme rigoureuse, un calculateur quantique(6).
Dès qu'une entité matérielle organisée, sous forme d'une molécule fut-elle simple, extrait du Vide une particule quantique (où ce qui correspond à ce terme dans la théorie quantique des champs) et l'intègre à sa structure, elle transforme ce qui n'était alors pas descriptible en une Entité-objet Qualifiable. En effet, se faisant, l'entité matérielle considérée se transforme, pour reprendre les termes de Mioara Mugur-Shächter, en Générateur d'Entité-objets. La nouvelle Entité-objet ainsi crée est Qualifiée par les relations qu'elle entretient avec le Générateur. L'opération répétée le nombre de fois qu'il faut aboutit à l'émergence d'un Fonctionnement (in)conscience, avec ses téléonomies, qui entrera dans la grande compétition darwinienne entre molécules primordiales. Le même schéma se reproduira lorsque apparaîtront les premières entités biologiques et que celles-ci, elles-mêmes, se doteront d'aptitude à la conscience(7). Les constructions matérielles et intellectuelles de la société scientifique terrestre feraient ainsi partie d'un univers beaucoup plus vaste, celui des Descriptions relativisées de base Transférées (pour reprendre le terme de MCR) cosmologiques.
Mais alors, demanderont les esprits curieux, pourquoi, si MCR représente un mouvement cosmologique aussi profond, a-t-il fallu attendre Mioara Mugur-Shächter et, avant elle, les premiers physiciens quantiques, pour qu'il prenne une forme langagière enfin intelligible ? C'est tout le problème de la construction de l'univers en général et du rôle de la science, processus constructif méthodique en particulier qui est alors posé. Pourquoi serait-ce seulement à notre époque (et par la voix de Mioara Mugur-Shächter) que les Terriens prendraient conscience de leurs aptitudes à construire cet univers et lui donner (éventuellement) des finalités compatibles avec leur survie ? Et, plus généralement, est-ce que d'autres Fonctionnement conscience existeraient ailleurs dans l'univers pour proposer des perspectives convergentes (ou divergentes) ? Nous laissons à la sagacité de nos lecteurs le soin de répondre à ces questions.
Notes
(1) Voir http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/avr/mioara.html ainsi que http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/juin/mrc.html et http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/55/mrc.htm On lira également un interview de l'auteure http://www.automatesintelligents.com/interviews/2004/juin/mugurschachter.html
Un article sur MCR a été présenté sur notre blog Philoscience: http://philoscience.over-blog.com/article-1542920-6.html ![]()
(2) Method of Relativized Conceptualisation. Quantum Mechanics, Mathematics, Cognition and Action (Kluwer Academic, 2002). Un article de la revue Le Débat mars avril 1997 avait précédemment posé le problème: http://ns3833.ovh.net/%7Emcxapc/docs/conseilscient/mms1.pdf ![]()
(3) Nous pensons avoir montré qu'en paraphrasant dans le langage courant et sur des exemples simples les algorithmes proposés par le livre, il était possible de le rendre plus accessible (voir note 1). Mioara Mugur-Shächter annonce qu'elle a entrepris la rédaction d'un ouvrage destiné au grand public. Il s'agit d'une très bonne initiative. Mais que nos lecteurs n'attendent pas la parution de ce dernier pour s'intéresser au présent livre. ![]()
(4) Ceci apparaît, comme le note d'ailleurs Mioara Mugur-Shächter, dans le fait que beaucoup de physiciens quantiques continuent à trouver la physique quantique compliquée, voire incompréhensible. On cite toujours Feynman qui aurait dit que celui qui prétend comprendre la physique quantique montre qu'il n'y a rien compris. En fait, si le formalisme mathématique de la mécanique quantique est compliqué, il n'est pas le seul. Ce qui est compliqué, voire impossible, c'est de prétendre mettre derrière le formalisme des réalités en soi contradictoires, incompréhensibles par l'entendement humain. Mais à ce titre les Ecritures sont également compliquées voire incompréhensibles quand elles évoquent un Dieu en trois personnes. MCR vise précisément à éviter cette tentation métaphysique sinon mythologique appliquée à une science, la physique quantique, qui est devenue celle de tous les jours. La même observation vaudrait évidemment aussi pour ce qui concerne la cosmologie théorique. ![]()
(5) Selon Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9ologie), la téléologie est l'étude des systèmes finalisants acceptant différentes plages de stabilité structurelles et capables, en général, d'élaborer des buts ou de modifier leurs finalités, (en anglais:purposeful systems"). Dans les systèmes humains psycho-socio-politique, cette téléologie peut très bien se nommer de "autodétermination". La téléonomie est l'étude des systèmes finalisés par une stabilité; recherche de la stabilité structurelle et non du changement, (en anglais: "goal seeking systems"). En psychologie et en sociologie, la téléonomie peut très bien se nommer de "autonomie". Ces mots sont suspects pour les matérialistes. Mais il est tout à fait possible d'accepter les définitions ci-dessus sans se référer à des causes finales imposées par une divinité quelconque. ![]()
(6) Voir notre article http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/avr/lloyd.html ![]()
(7) Nous renvoyons sur ce point au livre de Gilbert Chauvet http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/fev/comprendre_vivant.html
Fernando Pessoa, dont l’oeuvre fut ignorée du grand public de son vivant, passa toute sa vie à Lisbonne. « Ô ma Lisbonne, mon foyer. » Et quand son ami, le poète Luis de Montalvor, s’indignait qu’il ne fût pas reconnu à sa juste valeur, Pessoa le tranquillisait d’un « Laissez faire, car, quand je mourrai, il y en aura des caisses pleines ». Et en effet, à sa mort en 1935 à l’âge de quarante-sept ans, Pessoa léguera à la postérité une malle contenant des dizaines de manuscrits que personne à part lui n’avait jamais lus.
L’oeuvre de Pessoa fait corps avec Lisbonne et ce quartier de la Baixa dont les noms de rues n’ont pas changé depuis l’époque où il y vivait. Menant l’existence peu exaltante d’un modeste employé aux écritures, sa vie fut toute imaginaire et rares sont ceux qui, en le côtoyant, ont pu imaginer coudoyer non seulement l’un des plus grands écrivains de langue portugaise de tous les temps mais encore l’un des plus grands génies littéraires que ce monde ait porté.
Son fantôme hante Lisbonne et l’on ne serait pas particulièrement étonné de le voir déboucher d’un coin de rue, descendre du tramway ou s’attabler à la terrasse d’un restaurant. Sa présence douce et bienveillante est partout à la fois, elle nous protège et nous fortifie. Médium à ses heures, Pessoa n’eût pas démenti le propos.
En portugais, Pessoa signifie personne ou quelqu’un. Il n’est donc guère étonnant que l’écrivain, à travers l’usage de nombreux hétéronymes (identités virtuelles), ait voulu montrer qu’il était non pas un, mais plusieurs. Plus encore que Rimbaud avec son « je est un autre », Pessoa s’est démultiplié, endossant, au point de se confondre avec eux, la personnalité de plusieurs écrivains imaginaires (Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos, Bernardo Soares) très différents les uns les autres par leur pedigree, leur histoire, leur style, leur mode de pensée, leur comportement, leur langage et leurs préoccupations.
Ce jeu des hétéronymes qui n’en est d’ailleurs pas un, reflète parfaitement cette multiplicité d’individus qui se trouvent en chacun de nous et qui selon les circonstances ou les humeurs trouveront à s’exprimer ou non. Heureux les imbéciles aux personnalités monolithiques qui échappent à ce travers ou cette tentation!
Pessoa, lui, passa sa vie à explorer ces « moi » et « soi » multiples qui s’offrent à chacun de nous, incapable de choisir et de dire qui était le vrai Pessoa, si tant est qu’il fût nécessaire qu’il y en eût un.
On l’a dit, Pessoa est mort inconnu ou presque, laissant à ses admirateurs le soin de mettre de l’ordre dans son désordre. Qu’importe qu’ils y soient parvenus ou non car ce qui compte avant tout, c’est la leçon de vie qu’il a laissée à tout artiste en herbe et au-delà, à tout homme qui se voudrait digne de ce nom. À l’inverse d’Henry Miller qui préconisait de faire de sa vie une oeuvre, Pessoa a sacrifié sa vie à l’oeuvre. Sacrifice qui pour lui n’en était d’ailleurs pas un. « Nous avons tous deux vies, écrivait-il, la vraie, celle que nous rêvions enfant... et la fausse, celle que nous vivons chaque jour et qui nous mènera au cercueil. Nous avons tous deux vies. »
Et si la douleur et la tristesse de cette « fausse » vie transparaissent parfois dans l’oeuvre, n’est-ce pas la faute de cette « saudade » (nostalgie) à laquelle nul Portugais qui se respecte ne saurait échapper? En témoigne cette belle histoire racontée par la seule « fiancé » qu’on lui ait jamais connue: « Fernando était très superstitieux, surtout s’agissant des chiens qui pleurent. Il disait que, lorsqu’il rentrait chez lui, les chiens pleuraient sur son passage et que cela signifiait que quelque chose en lui les faisait pleurer. »
Outre la fascination qu’exerce Pessoa chez tout lecteur doté d’un tant soit peu de sensibilité, s’il est une leçon à retenir pour les amoureux de la liberté, c’est sa capacité à élever ses rêves à une hauteur telle que la sordide réalité quotidienne ne soit plus à son tour qu’un vilain songe.
En tout libéral sommeille ou se cache un idéaliste. Car il faut être idéaliste pour défendre des idées dont on voit bien, chaque jour qui passe, qu’elles vont à rebours des valeurs qui agitent cette société ankylosée, une société qui ne voit sa survie et son salut que dans le ventre mou, liquide, amniotique – en un mot flasque, écoeurant et protecteur – de cet État salement nourricier au-delà duquel elle ne peut se projeter. Pareille en cela à un enfant qui, dénué du moindre instinct de survie, de la moindre énergie créatrice, du moindre souffle de vie, refuserait de quitter le ventre de sa mère. Il est des voiles difficiles à déchirer et la plupart de nos concitoyens sont semblables à des oisillons qui attendent la becquée ou, pour parler plus durement, à des mendiants, tendant leur sébile et attendant une aumône toujours plus frugale et aléatoire.
Il n’y aurait donc pire dupe que le libéral qui ferait mine de croire que le grand soir serait pour demain. Il n’est ni pour demain ni pour après-demain! Alors autant imaginer qu’il est pour aujourd’hui.
Quand Georges Bernanos, qui n’avait rien d’un libéral – mais n’est-ce pas notre élégance à nous les amoureux de la liberté que d’admirer ce qui ne nous ressemble pas? –, se prend à rêver d’une société fondée sur un idéal chrétien qui n’a jamais plus existé que dans son imaginaire farouche et à travers sa prose torrentielle, ne répond-il pas à cette exigence de donner à nos idées une forme plus réelle que la réalité?
Fernando Pessoa ne l’écrivait pas autrement dans son Livre de l’intranquillité dont voici un extrait:
Créer en moi un État possédant sa politique, ses partis et ses révolutions, et être moi-même tout cela: être Dieu moi-même dans le panthéisme royal de ce peuple – moi, l’essence et l’action de tous ces corps, de leur âme, du sol qu’ils foulent et des actes qu’ils accomplissent. Être tout, être eux et ne pas l’être.
Certaines métaphores sont plus réelles que les gens qu’on voit marcher dans
Il ne manquera évidemment pas d’esprits chagrins, ou dotés d’un rationalisme à toute épreuve, pour me faire remarquer que tout cela est bien joli mais que la liberté ne saurait, à l’instar des fosses du même nom, manquer à ce point d’aisance. À ceux-là, je conseille la lecture de Zweig (Le joueur d’échec) et Levy (Si c’est un homme). En des circonstances beaucoup plus tragiques, ils ont montré à quel point l’imagination était le seul échappatoire.
Et nul ne pourra jamais empêcher celui qui se pense ou s’imagine libre de ne pas l’être. Écoutons Pessoa: « Je ne me soumets ni à l’État ni aux hommes, je résiste inertement. L’État ne peut me réclamer que pour une action quelconque. Du moment que je n’agis pas, il ne peut rien obtenir de moi. Aujourd’hui, on ne tue plus les gens et il peut tout au plus me causer des ennuis; si cela se produit, je devrai blinder mon esprit davantage encore, et vivre plus loin, plus avant dans mes rêves. »
Voilà posées les bases d’un manifeste pour un libéralisme imaginaire qui, admettons-le, en vaut bien d’autres...
PATRICK BONNEY, in LE QUEBECOIS LIBRE
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Première partie – « L'Agir humain » |
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Il est vrai que certains philosophes ont été enclins à surestimer le pouvoir de la raison humaine. Ils croyaient que l'homme peut découvrir par le raisonnement méthodique les causes finales des événements cosmiques, les fins immanentes que vise la Cause première en créant l'univers et en déterminant le cours de son évolution. Ils discouraient, hors de leur objet, à propos de « l'Absolu » comme si c'eut été leur montre de poche. Ils n'hésitaient pas à proclamer des valeurs absolues éternelles et à dresser des codes moraux impératifs pour tous les hommes.
Le polylogisme marxiste affirme que la structure logique de l'esprit est différente entre membres de classes sociales différentes. Le polylogisme racial diffère du marxiste seulement en ceci, qu'il assigne à chaque race une structure logique particulière de son esprit, et soutient que tous les membres d'une même race, quelle que puisse être leur appartenance de classe, sont dotés de cette structure logique particulière.
Une idéologie, au sens marxiste de ce terme, est une doctrine qui, bien qu'erronée du point de vue de la correcte logique des prolétaires, est profitable aux intérêts égoïstes de la classe qui l'a élaborée. Une idéologie est objectivement viciée, mais elle sert les intérêts de la classe du penseur, précisément en fonction de son vice. Beaucoup de marxistes croient avoir prouvé cette affirmation en soulignant que les gens n'ont pas soif de connaissance pour l'amour de la connaissance seule. Le but du savant est d'ouvrir la voie pour une action qui réussisse. Les théories sont toujours élaborées en vue d'une application pratique. La pure science et la recherche désintéressée de la vérité, cela n'existe pas. |
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« Les hommes qui cherchent la vérité honnêtement et consciencieusement n'ont jamais prétendu que la raison et la recherche scientifique soient capables de répondre à toutes les questions. Ils étaient pleinement conscients des limitations imposées à l'esprit humain. » |
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Le polylogisme marxiste est un artifice avorté, pour le sauvetage des intenables doctrines du socialisme. Sa tentative de substituer l'intuition au raisonnement méthodique flatte les superstitions populaires. Mais c'est précisément cette attitude qui place le polylogisme marxiste et son rejeton – la prétendue « sociologie de la connaissance » en antagonisme irréconciliable avec la science et la raison.
Certains partisans des idées du marxisme et du racisme interprètent les thèses épistémologiques de leurs partis d'une manière particulière. Ils sont tout disposés à admettre que la structure logique de l'esprit est uniforme pour toutes les races, nations et classes. Le marxisme ou le racisme, déclarent-ils, n'ont jamais entendu nier cet indéniable fait. Ce qu'ils voulaient réellement dire est que l'appréciation historique, les affinités esthétiques et les jugements de valeur sont conditionnés par le milieu et l'origine d'un individu. Il est certain que cette interprétation ne peut être soutenue sur la base des écrits des champions du polylogisme. Néanmoins, il faut l'analyser comme une théorie indépendante.
Par Charles de La Barre
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Publié dans : overreaction
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