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Le blog de l'over réaction
La success story de Stephenie Meyer
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par Delphine Peras |
Comment une jeune mère de famille américaine
a-t-elle pu emballer à ce point les foules avec sa saga Fascination, une histoire d'amour façon Harlequin entre une lycéenne et un vampire adolescent? Décryptage d'un succès
monstre.
Qu'est-ce que tu lis, l'ado, dis donc? Parions qu'ils seront nombreux, ces jours-ci, à répondre dans un cri du coeur: Fascination! Soit quatre tomes d'une saga venue des Etats-Unis, Twilight en VO (prononcer «twaïlaïte» pour être dans le coup), signée Stephenie Meyer, 35 ans, mère de famille popote et sans aucuns états de service plumitif. Jusqu'au 2 juin 2003, quand elle se décide à coucher sur le papier son étrange rêve de la veille: l'histoire d'amour d'une lycéenne et d'un jeune vampire...
Voilà pour le pitch de ce qui est en train de devenir le phénomène éditorial à même de rivaliser avec Harry Potter - au point de monopoliser les premières places du palmarès de L'Express, du jamais-vu pour une série! La comparaison avec le succès de J. K. Rowling vaut surtout par l'ampleur des ventes, mondiales, fulgurantes, auprès d'un public essentiellement adolescent, et l'effet multiplicateur de son adaptation cinématographique.
A part ça, peu de rapport entre les aventures du jeune sorcier à lunettes et celles d'Isabella Swan, dite Bella, 17 ans, qui raconte à la première personne son coup de foudre pour le mystérieux et sublimement beau Edward Cullen, élève au lycée où elle vient d'arriver. Ah! Edward et son «magnifique visage d'albâtre», «son torse parfaitement musclé», son odeur «enivrante», sa voix «irrésistible» quand elle n'est pas «soyeuse», ses yeux tantôt «d'un noir d'encre», tantôt «topaze».
Sans oublier «ses dents étincelantes». Eh! oui, sans pour autant arborer des canines hypertrophiées, Edward est (aussi) un vampire! Version light, certes, puisque son clan a renoncé au sang humain et se contente de celui des animaux. N'empêche, il reste tiraillé entre ses sentiments pour Bella et son désir, encore vivace - on ne se refait pas - de s'abreuver du sang de la belle. D'où un amour impossible, CQFD. De là à comparer cette idylle à l'eau de rose, ou rouge en l'occurrence, avec Roméo et Juliette, comme Stephenie Meyer elle-même s'y est risquée, invoquant «la mythologie de l'amour», c'est aller un peu vite en besogne!
Assurément, Fascination relève moins des écrits shakespeariens que du roman Harlequin. Certes, Bella est une gamine cultivée, incollable sur Macbeth, inconditionnelle de Jane Austen et des soeurs Brontë, reconnaissant immédiatement le Clair de lune de Debussy (Edward épaté), ne s'intéressant ni aux fringues ni aux soirées entre filles. D'accord, l'auteur sait y faire pour donner un peu d'épaisseur psychologique à ses personnages. Mais sa saga reste passablement cucul la praline, avec son lot de clichés et de lourdeurs stylistiques (aggravées par la traduction?). Sans compter le côté conservateur d'une Bella très femme soumise, qui n'est rien sans l'amour de son Dracula relooké par Hugo Boss, archétype du prince charmant mâtiné d'homme providentiel (il passe son temps à lui sauver la vie).
Elle choisit le cursus de «mère de famille»
On est loin des audaces et de l'originalité d'une J. K. Rowling. Au moins les deux femmes ont-elles en commun d'avoir vécu un véritable conte de fées. Celui de Stephenie Meyer a donc commencé par
son désormais fameux rêve. Mais la jeune femme n'a pas l'intention d'être publiée, bien que grande lectrice (d'Autant en emporte le vent à Orgueil et préjugés, en passant par Edgar Rice
Burroughs, le créateur de Tarzan). «J'ai écrit Twilight juste pour moi», dira-t-elle. Née en 1973 à Hartford (Connecticut), au sein d'une famille mormone et nombreuse, Stephenie grandit à Phoenix
(Arizona), puis étudie l'anglais à la grande université des mormons, dans l'Utah. A 21 ans, la miss se marie avec William Patrick Meyer, dit Pancho, 21 ans, mormon lui aussi, qu'elle connaît
depuis l'âge de 4 ans. Elle se verrait bien entamer des études de droit, mais la naissance de son premier enfant la convainc d'opter pour le cursus «mère de famille» - ses trois garçons ont
aujourd'hui 11, 9 et 6 ans. Convaincue par l'une de ses soeurs que son ébauche de Twilight est rudement bien, Stephenie relève sur Internet les coordonnées d'agents littéraires et leur adresse sa
prose. Résultat: neuf refus, cinq non-réponses. Mais la 15e tentative sera la bonne, grâce à un assistant qui récupère le manuscrit végétant sur la slush pile, la pile des rebuts. Il est aussitôt
adressé à plusieurs éditeurs, dont Megan Tingley, de Little, Brown. «Celle-ci a commencé à lire le texte lors d'un voyage en avion», raconte Elizabeth Eulberg, l'attachée de presse de Stephenie,
laquelle vient de se mettre au vert médiatique, refusant même une interview à Vanity Fair. «Megan a tout de suite fait une offre.» Le deal: un chèque de 750 000 dollars pour trois premiers tomes.
Tope là! Elle termine le premier en trois mois... et deviendra multimillionnaire. C'est Pancho qui gère aujour-d'hui sa fortune, après avoir quitté son job de comptable. Il assure aussi auprès
des fistons, maman Stephenie répondant volontiers aux sollicitations de ses fans.
«Cette saga attire en majorité de jeunes filles bonnes élèves et grandes lectrices», décrypte Anne Clerc, rédactrice en chef de la revue Lecture Jeune, qui a enquêté sur le phénomène. «Elles ressemblent à Bella: réservée, un peu commune, mais intellectuellement très vive.» Autre raison du succès: «La jaquette assez chic des livres donne à ces lectrices le sentiment d'avoir un livre d'adulte, alors que le contenu reste très adolescent.» Et très efficace, justement, sur la psyché adolescente: le petit ami vampire ne traduit-il pas à la perfection ce mélange d'attirance et de répulsion, de fascination et de peur chez la jeune fille sans expérience amoureuse? Peur de se faire saigner, le coeur, l'hymen... Peur face au désir masculin, mais aussi excitation de la trangression. Que l'on se rassure, le vampire teenager de Stephenie Meyer se contente d'entretenir cette ambivalence: suffisamment dérangeant pour coller à l'époque, et ce qu'il faut de mormon pour sauvegarder la morale chère à l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours - abstinence avant le mariage et fidélité après, notamment... Fascinant, non?